Quand le cinéma se met en « trans »...
publié le 17 janvier 2008, article de Marie Kirschen

Paris possédait déjà son festival de films gays et lesbiens, et un festival plus spécifiquement destiné aux lesbiennes, Cineffable. Désormais, la capitale accueille également un festival de cinéma ayant pour thème les identités transgenres et transexuelles, rarement abordées au cinéma et à la télévision - si ce n’est sur le mode pathologique et lacrymal.

Cette première édition, qui s’est déroulée du 11 au 13 janvier, a été l’occasion pour un public varié de découvrir des documentaires et des fictions d’une grande richesse sur les transgenres MtF (« Male to Female », homme ayant opéré une transition vers une identité femme) aussi bien que sur les transgenres FtM (« Female to Male »), souvent moins connus du grand public. Entretien avec Jihan Ferjani et Catherine Oh.

Comment est né le projet du festival de films trans IdentiT ?
L’idée de ce festival a germé cet été. Nous avons alors décidé de monter à deux, et en quatre mois, un événement politique, culturel et artistique sur la transidentité pour mobiliser avec pédagogie un public le plus large possible, d’initié/es et de non-initié/es. Il devient de plus en plus urgent de mettre fin à l’ignorance concernant la transexualité. Mettre des images sur l’oppression subie par les trans permet cette prise de conscience collective dont nous avons besoin pour soutenir des revendications légitimes telles que la dépsychiatrisation du parcours trans, un changement d’état civil facilité, avec ou sans opération, la prise en compte de la transphobie dans la liste des discriminations passibles de condamnation judiciaire... Autant de choses qui ne sont pas acquises à l’heure actuelle, et qui, pourtant, sont vitales pour une partie de la population qui reste marginalisée en droit et en fait.

Quels films a-t-on pu voir lors de ces trois jours de festival ?
Nous avons proposé une programmation diversifiée et de qualité, qui allait du film d’animation au documentaire. Des films qui montrent à quel point les thématiques trans sont riches et ne concernent pas que les trans. Un cinéma qui parle de fierté, de culture minoritaire, identitaire, mais aussi d’ostracisme social, politique, juridique, économique. Des films dans lesquels chacun et chacune d’entre nous peut se retrouver.

Quel bilan faites-vous de cette première expérience ?
C’est un véritable succès. Le public a répondu présent : la salle était comble pour chaque séance ! Nous sommes très heureux et heureuses d’avoir pu offrir un espace à des films qui n’avaient jamais été diffusés en France, échanger avec le public et accueillir des réalisateurs tels que Sébastien Lifshitz ou Josée Dayan. En revanche, le triste constat est le manque d’intérêt de la plupart des grands médias nationaux que nous avons pourtant essayé de mobiliser.

 


 

Le pénis de Frankenstein
publié le 11 janvier 2008, article de Agnès Giard

C’est l’histoire d’une femme qui tombe amoureuse d’un homme dont le pénis a subi 12 opérations chirurgicales. Le jour de leur première relation sexuelle, les caméras sont là pour filmer cette grande première. Vont-ils y arriver ? Va-t-il bander ? Va-t-elle jouir ? Samedi 12 janvier, lors du Premier Festival de Cinéma Trans en France (le festival IdentiT) découvrez l’étonnante love story de Les Nichols et d’Annie Sprinkle.

Les Nichols est un homme au pénis proche du puzzle. Avant son opération, Les s’appelait Linda. C’était une femme. Parce qu’il ne se sentait pas lui-même dans son corps, il a décidé de devenir un homme et s’est fait faire une phalloplastie, une opération qui consiste à prendre un large bande de peau (généralement sur l’avant-bras) afin de fabriquer un pénis artificiel. A en croire Wikipedia, une partie de la peau est roulée vers l'intérieur pour former l'urètre. Une autre partie de la peau est roulée vers l'extérieur pour fabriquer le manteau du pénis. Quand le chirurgien est bon, et que la greffe ne se nécrose pas, le pénis artificiel peut atteindre une taille très proche de la moyenne. 13 cm de long. 14 cm de circonférence.
C’est un organe qui ne fonctionne pas, mais on peut l’équiper d’une prothèse. Les hommes souffrant d’impuissance ont parfois recours à ces mêmes prothèses qui «produisent la rigidité nécessaire pour une bonne et adéquate relation sexuelle». En clair : un transexuel peut très bien faire l’amour. Même si son sexe ressemble à celui de Frankenstein. Et c’est ce que prouve, avec beaucoup de bonheur, le documentaire pétulant : Linda/Les & Annie, The First Female-to-Male Transsexual Love Story. Réalisé en 1989, ce «docu-drama unique, sexy et drôle» est le premier film de l’histoire consacré aux amours d’une femme «génétique» avec un homme transgenre.
Quand Les Nichols fait l’amour avec Annie, c’est sa première expérience «hétérosexuelle». Surmontant le stress de cette expérience nouvelle, forcément intimidante, Les Nichols accepte de se laisser filmer. Par amour. «Je suis tombé amoureuse de lui, explique Annie Sprinkle et, comme il était d'accord pour la caméra, je lui ai proposé que nous immortalisions notre première relation.»
A l’époque, Annie Sprinkle est déjà connue comme une des plus célèbres néoféministes au monde. Pionnières du sex positive feminist movement (le mouvement des féministes pro-sexe), Annie Sprinkle est une ancienne prostituée reconvertie dans le porno (elle a tourné plus de 200 films) puis dans la sexologie et dans l’art. Après avoir été travailleuse du sexe, star du X, diplômée en Human Sexuality, elle multiplie les performances mêlant éducation sexuelle et action coup de poing. Son travail d’artiste a été censuré par les ligues de vertu, le Sénat américain et même le FBI… Pour finalement obtenir les honneurs du Musée d'Art moderne de New-York.
Quand le documentaire est réalisé sur son histoire d’amour avec Les, Annie Sprinkle en profite pour relater cette expérience dans un long article publié dans le magazine Hustler. Le film répond à toutes les questions que pose le changement de sexe d'une femme en homme, thème généralement peu abordé par le cinéma et les médias. A la fois fascinée et excitée par sa/son partenaire, Sprinkle explique : «Il a subi une douzaine d'opérations, sa verge est comme un patchwork. Même si ça peut paraître insupportable pour certains, moi, j'aime ça. Et si vous voulez savoir s'il peut avoir une érection, la réponse est oui.»


Ce documentaire peut sembler anecdotique, car le nombre de transexuels est extrêmement réduit dans le monde… Mais ils forment une communauté grandissante d’activistes, d'«artivistes» et de militants qui réclament le droit —pour tous les êtres humains— de modifier librement leur corps. Qui possède mon corps ? L’Etat ? Mes parents ? Mon mari ? Mon confesseur ? Mon médecin ? Qui peut jouir de ce corps sinon moi ? Pourquoi ne puis-je m’appartenir ?
Voilà toutes les questions que les trans posent et en particulier les organisateurs de ce festival courageux : Jihan Ferjani, 25 ans, transexuel FtM (female to male, femme transformée en homme, par opposition aux MtF, les transexuelles) et Catherine Oh, «gouine» fièrement auto-proclamée. A eux deux, ils ont soulevé des montagnes : leur festival ne bénéficie d’absolument aucune aide de l’Etat. C’est une entreprise indépendante, un acte politique, de l’agit-prop avec des couilles. Il est surprenant de voir que, finalement, ce sont les transgenres, les lesbiennes et leurs ami(e)s qui en ont le plus en ce moment.

Samedi 12 janvier à 17h45 - Séance courts
Interdit aux moins de 18 ans
Linda/Les & Annie,The First Female-to-Male Transsexual Love Story - docu-drama de Annie Sprinkle, Al Jaccoma & Johnny Armstrong, USA, 1989, 30 min., VOSTF
(Pour information, ce film avait déjà été projeté lors de l'Etrange Festival. Si vous l'aviez raté à l'époque, ne le ratez pas maintenant.)

Cinéma l’Archipel : 17, bd de Strasbourg, 75010 Paris. Métro : Strasbourg-St Denis.
Le Festival identiT se déroule les 11, 12 et 13 janvier 2008.

«En France, les trans actuellement encore réduit/es à des sujets psychiatriques, ne peuvent disposer librement de leur corps et changer facilement leur état civil. IdentiT est destiné à toutes et tous, il a pour ambition de susciter un intérêt collectif pour la transidentité. Le Festival identit est né de la volonté de combler l’absence de représentations respectueuses de l’identité et de la culture trans. Trois jours de projections de films inédits pour aborder d’importants enjeux : la construction de l’identité, le lien entre genre, corps et sexe, l’appartenance à une minorité, l’identité trans au sein des luttes queer et féministes, l’accès à l’emploi, l’immigration, l’activisme identitaire…»

 

 

Premier festival de films sur la transidentité de Paris
publié le 11 janvier 2008, article de Charlotte Bourgeois

La première édition de identiT-Festival de films trans de Paris propose 6 longs métrages et 5 courts métrages les 11, 12 et 13 janvier.
«C'est sans doute une forme de voyeurisme, mais elle informe utilement et amuse, confie Bambi, l'invitée d'honneur. Il faut ainsi instruire le grand public de tous les drames dont sont victimes actuellement les trans un peu partout dans le monde.» Pour la première édition du festival identiT-Festival de films trans de Paris, vous pourrez ainsi découvrir 6 longs métrages et 5 courts métrages. C'est une fenêtre ouverte sur la réalité quotidienne des trans. Grâce à laquelle on peut se rendre mieux compte des différents problèmes auxquels ils sont confrontés. Rappelons que la transexualité, réduite au statut de dysphorie de genre est considérée comme une maladie psychiatrique d'après la liste de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), comme l'était considérée l'homosexualité jusqu'en 1992.

Jihan Ferjani et Catherine Oh, les organisateurs du festival, parlent de ce projet, quasiment autofinancé.

Qu'est-ce qui vous a incité à organiser un festival de la transidentité?
Créer un festival de films sur la transidentité s'est imposé à nous pour faire évoluer les mentalités en matière de représentations des trans et sensibiliser un large public sur les discriminations qu'ils subissent encore en 2008. On tente de mobiliser un maximum de personnes en faveur de la suppression de la transexualité comme maladie psychiatrique d'après la liste de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et on milite pour que le changement d'état civil soit facilité -avec ou sans opération- au moyen d'actions publiques et politiques.

Un film coup de cœur?
Deux même: Paper Dolls et Boy I am, même si nous aimons tous les films sélectionnés. Les héroïnes de Paper Dolls sont attachantes. La difficulté de vivre dans un univers hostile, liée à la fois à la condition d'immigrées en Israël et de trans, est palpable à chaque seconde. Boy I am insiste,lui, sur les problématiques trans en lien avec les luttes pédés-gouines et féministes ainsi que les revendications minoritaires en général. Sans oublier le très beau Wild Side de Sébastien Lifshitz qui sera diffusé en présence du réalisateur.

Si on ne voit qu'un film, lequel recommandez-vous?
Ce serait Nous n'irons plus aux bois, le film de clôture: il fait du bien à la visibilité et à la fierté trans en montrant de belles et fortes personnalités. Mais surtout parce qu'il concerne la situation française et brosse ainsi le tableau de cinquante ans d'oppression. C'est une synthèse complète et accessible des différents freins et obstacles qui jalonnent le parcours des trans.

Que représente Bambi pour vous?
Nous sommes vraiment très heureux que Bambi ait accepté d'être notre invitée d'honneur. Nous l'aimons beaucoup -mais qui ne l'aime pas?- entre autres parce qu'elle n'a pas reculé devant une sorte de nécessité d'assumer un rôle de transmission au sein de la communauté trans et cela avec beaucoup de finesse et d'intelligence.

IdentiT-Festival de films trans de Paris, les 11, 12 et 13 janvier, au cinéma de l'Archipel, 17, boulevard de Strasbourg, Paris Xe. Métro: Strasbourg-Saint-Denis.
Site internet: www.festivalidentit.org